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 Quand le papillon s'approche de la lumière ▬ Meir & Cian

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Quand le papillon s'approche de la lumière ▬ Meir & Cian fut rédigé Jeu 5 Fév - 15:02




Aujourd'hui, c'est la dèche. Le jour annuel - ou probablement, au moins, semestriel, voire mensuel - où le monde a l'honneur de voir un archéologue sur la grand-place toujours en liesse, à côté des artistes misérables et des touristes. Tu as fière allure, tiens, limite en train de baver à côté de ta besace qui contient tout sauf ce qui aurait pu te sauver : deux bouquins écrits dans une langue ancienne (que tu ne peux pas déchiffrer, par ailleurs), des os et des reliques décoratives qui ne brillent pas. Tu m'étonnes, Cian, que même les antiquaires n'y ont pas vu quand intérêt ! Ou peut-être croyais-tu à l'origine qu'ils sauraient, cette fois, percevoir la beauté et la préciosité de ton bagage ? Des livres incompréhensibles, n'importe qui peut en écrire ; des os, ça se trouve aussi, il suffit de chercher un peu ; des décorations en sale état, ma foi, il rien de bien compliqué non plus. Ce n'est pas avec une apparence de taré que tu vas leur refiler quoi que ce soit, d'autant plus à Marsia, la ville de la débauche.

Tu pourrais dans le pire des cas prétendre que tu trouveras une nouvelle vie à ces précieux témoins de l'ancien monde - les loger avec les autres ou les emmener avec toi en voyage - et c'est probablement ce que tu feras à moins de tomber sur la perle rare qui pensera comme toi ; en attendant, tu as faim. Tes yeux roulent comme des billes entre les pages de ton journal, que tu imprimes en ce moment même, et tous ceux qui déferlent depuis les rues commerçantes. Quelle lassitude. Tu es le seul à ne pas festoyer, l'unique invité surprise qui pourit la fête - hélas, traîner dans les avenues chargées de victuailles ne ferait qu'aggraver ton mal, et tu préfères encore supporter ces badauds à la place de ton estomac enragé. Nouveau tour de billes. Tu dégaines l'un des bouquins, en tâtonne la couverture, te réjouis intérieurement de toutes ces lignes probablement riches en fertilisants pour tes délires. Et puis quoi, encore, Cian, tu ne vas pas me dire qu'avant les choses étaient différentes, qu'on n'aurait pas eu autant de personnes dans les rues et qu'on aurait pu manger mieux, n'est-ce pas ? Tu n'as vu de cette civilisation qu'un échantillon. Des bribes offertes par ceux qui ont réussi à survivre et à engendrer, au profit de ceux qui ont été victime de la folie des Hommes, si puissante qu'elle était avant que la nature ne retrouve ses droits ! Réjouis-toi donc de ne pas suffoquer, mon cher, et en plus tu n'as pas le bruit des immondes véhicules à roues pour te détruire les tympans.

Oui, certes, mais tu as là un parfait substitut en la présence des chanteurs et des musiciens dont les voix se superposent si mal qu'il faudrait être alcoolique pour aller écouter ça volontairement. Tu te lèves, renonces à attendre une pitié qui ne viendra jamais et accomplis une petite marche bancale entre les passants. N'est-il pas possible d'en attraper un pour croquer un morceau, tiens ? Tu deviens dingo. Soupir lancinant. Ce n'est pas non plus ton alter ego qui va pouvoir aller à la chasse, n'en déplaise à ce beau Cyanure. Il n'y a plus qu'à choisir par quel bras tu vas commencer, quoi qu'il soit plus aisé pour un droitier de consommer en priorité celui de gauche, le fainéant qui se balance dans le vide pendant que son brave frère est chargé de toutes les besognes ! Oh, mais.

Que se passe-t-il donc lorsqu'un papillon qui tourne en rond apperçoit brusquement de la lumière ? Ils se précipitent dessus, car ils ont la naïveté - et surtout la folie - de croire qu'il s'agit de la Lune, l'astre qui les guide. Quitte à s'en brûler les ailes, ils volent jusqu'à n'importe quelle lueur, qu'il s'agisse d'une bougie ou d'un incendie. Et Cian, alors, que fait-il, lui, lorsqu'il voit de la lumière ? Il est tout autant piqué de folie, au point qu'il s'arrête soudainement pour accoster un jeune inconnu à la crinière blonde. Presque un gamin, tiens, ne le dépasserais-tu pas d'une tête ou deux par hasard ? Ce n'est pas ce qui importe. Non. Il n'y a qu'une chose. Celle qui te taraude depuis le début de la journée.

«  Excusez-moi, n'auriez-vous pas de quoi rassasier un ventre affamé sur vous ? »

Tu lui fais un beau sourire niais, celui de tout homme lorsqu'il demande une faveur a un enfant. Cyanure déploie ses petites ailes et dansent autour de ta tête - comme une auréole, tiens. Tu réfléchis quelques instants à ce qui pourrait avoir de l'intérêt et de la valeur pour ton interlocuteur. Certainement pas tes vieilleries ni tes théories réactionnaires, tiens.

« Je n'ai à offrir en échange que les histoires de quelqu'un qui a beaucoup voyagé. »

Que tu sois en présence d'un touriste ou d'un habitant, il y a bien une chose que les Hommes adorent et cherchent sitôt qu'ils le peuvent ; l'exotisme. Entendre et voir des choses nouvelles, s'ouvrir l'esprit, c'est ce qui continue de te plaire dans ton métier, quoi que tu n'aies pas grand chose à raconter sur les dunes de sables aperçues récemment. Tant qu'on te nourrit, tu peux bien parler de tout, et même avec grand coeur puisque cela fait si longtemps que tu n'as pas eu de grande conversation.

Ou du moins, jusqu'au dernier moment, jusqu'à te rendre compte que tu t'es trop approché de la lumière et que tu vas flamber.
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Re: Quand le papillon s'approche de la lumière ▬ Meir & Cian fut rédigé Sam 7 Fév - 4:12

Ses pas sont prudents. Son chargement n’est pas si imposant, mais le panier est largement garni, et chaque petite butte manque de faire tressauter son couvercle et son contenu. Précieux contenu. Terriblement. Oh, peut-être pas si important pour beaucoup. Ce ne sont que des dattes. Mais pour Meir, elles sont aussi importantes que des pierres précieuses. C’est sa tâche. Un travail qu’on lui a confié. L’occasion d’être utile. Un peu. Et certes, ce n’est qu’une dame des cuisines, pas réellement son maître. Mais c’est important. Rendre service. Ne pas être qu’un poids. Aider la maisonnée. C’est aussi nécessaire pour le petit oiseau que de respirer.

Alors il prend sa mission du jour très à cœur. Et il s’en sort plutôt bien, même s’il marche contre le gros du courant, il évite relativement la foule et les divers artistes qui crapahutent. Jusqu’à cette muraille noire qui obscurcit de façon soudaine tout son horizon. En un instant. Avant de le colorer d’une cascade d’argent. Oh, c’est joli. Docilement, Meir relève la tête et écoute l’homme en battant lentement des cils. De la nourriture ? Ses petites mains se resserrent sur le panier d’osier. Oui, il en a. Mais… Un Papillon. Il ne peut penser plus loin ou hésiter. Il vient de l’apercevoir. Noir et bleu, qui tournoie à la manière d’une couronne, et semble briller tout autant sous la lumière de Marsia.

Un Alter-Ego. La façon dont il gravite autour de sa moitié ne trompe pas. Et Meir en a tellement observé. Tellement, tellement. Et comme tout enfant, il a attendu avec timidité le sien. C’est… toujours un peu douloureux, quand il en croise un. Ses yeux se voilent un peu. Et la noirceur essaye de glisser de nouveau sur son cœur. Mais le poids du panier et la caresse du soleil le ramènent à la réalité. Meir se mordille un peu les lèvres. Observe un instant l’homme. Regarde rapidement à droite et à gauche.

« D’accord, répond finalement la petite voix douce. Mais pas ici. »

Puis il modifie son appui, libère une de ses mains qu’il avance vers l’inconnu en murmurant un petit « Votre main. » pour se faire comprendre, un peu hésitant et tâtonnant. Il resserre ensuite ses doigts et entraîne l’homme un peu plus loin. Beaucoup plus loin. En marge de la Grand-Place. Tout contre un mur, sous l’ombre d’un palmier. Il libère ensuite la main étrangère, en baissant un peu la tête en signe d’excuse.

« Il ne fait pas bon de rester au soleil avec des vêtements aussi sombres. Veuillez me pardonner pour ce geste déplacé. »

Il incline un peu plus la tête et les mèches blondes tombent en cascade autour de son visage. Il est prêt à affronter toute punition. Il ne lâche pour autant pas sa précieuse cargaison et recule jusqu’à pouvoir prendre appui du bout du talon sur le mur. Ses doigts font glisser le couvercle et rassemblent quelques dattes séchées dans sa paume ouverte.

« Je ne peux pas vous en donner beaucoup mais j’espère que ça ira. »

Les dattes changent de mains, et Meir sourit très doucement en désignant du regard son flanc droit.

« Solorin vous sourit. L’eau de cette gourde vient juste d’être changée. Et ce palmier nous prête généreusement son ombre. »

L’endroit est donc parfait pour une petite halte. Meir dépose doucement son chargement sur le sable et s’accroupit pour ne tacher ses vêtements. Il observe un instant l’homme se sustenter avant de se souvenir de ses dernières paroles.

« Nul besoin de contrepartie. Il faut plutôt remercier Solorin pour notre rencontre. »

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Re: Quand le papillon s'approche de la lumière ▬ Meir & Cian fut rédigé Lun 9 Fév - 14:27


«  D’accord. Mais pas ici. » répond finalement le petit blond. Oh, eh bien, Cian, il semble que tu sois aussi doué pour repérer les poires tendres que les os cachés sous le sable, la chance te sourit pour une fois. Ceci dit, tu ne sais pas à quoi t'attendre lorsqu'il t'attrape le bras pour t'éloigner de la place ; ce n'est pas comme si tu craignais que celui-là te vole, puisque tu ne possèdes rien de valeur. De surcroît, c'est lui qui mène la danse tant qu'il possède la nourriture, tu ne peux refuser.

Voilà maintenant qu'il t'amuse, toi celui qui passes son temps dans le désert, à parler de vêtements sombres au soleil. Seras-tu fou au point d'en rire, ou pas encore ? Non, pas encore, tu te contentes de hausser les épaules en guise de pardon. De base, petit, aimerais-tu lui préciser, c'est plutôt moi qui tiens le rôle du malpoli dans cette histoire. Mais tu attends patiemment, jettes un regard de chien affamé sur la poignée de dattes extirpée avec délicatesse de panier.

Ce n'est pas avec ça que tu vas appaiser le monstre qui a installé son trône dans ton estomac, certes. Considérant que c'est toutefois mieux que rien, tu réceptionnes le présent, hésitant entre tout dévorer dès maintenant ou distiller la dégustation sur plusieurs heures. La douleur provoquée par la faim sera certainement similaire dans les deux cas.

«  Solorin vous sourit. L’eau de cette gourde vient juste d’être changée. Et ce palmier nous prête généreusement son ombre. »

Oh, oui, bien sûr. Si Solorin fait le même sourire que ce jour maudit à la Basilique, nul doute qu'il s'agit d'un sourire de cruauté. Je t'en donne juste un peu, dit ce sourire,  bois et mange, Cian, car il est toujours mieux de rester tout juste en vie sans mourir ! Ce jeune semble bien naïf et innocent, tout à fait de ceux que tu cherches à éviter en raison de tes idéaux contraires.

« Théoriquement, nous n'avons pas l'approbation du palmier en question. » marmonnes-tu, incappable finalement de te retenir en totalité, avant de te désaltérer - on ne te le proposera pas deux fois, n'est-ce pas ? Si tu désires un conseil, je te donnerai celui de ne pas aller trop vite, ne serait-ce que pour digérer la réplique suivante de ton sauveur.

« Nul besoin de contrepartie. Il faut plutôt remercier Solorin pour notre rencontre. »

Encore Solorin. Tu hésites un moment. Non, bien sûr, tu vas garder ton sang froid, après tout toi aussi - comme tous les autres - tu es croyant. Il faut plus que les paroles de ce qui ressemble fort à un enfant pour te troubler, la faim t'irrite jusqu'aux nerfs. Tu t'accroupis pour te retrouver face à lui, plantes tes prunelles vertes dans les siennes qui sont bleues. Il s'agit juste d'un naïf.

« Je remercierai en premier lieu votre panier de dattes. »

Sourire édenté. Tu avales un fruit, savoures les arômes qui se déversent en cascade sur tes papilles enragées, puis coulent à travers ton oesophage et glissent contre la voute de ton estomac. C'est exquis, bien entendu.

« Et, accessoirement, vous-même, si je puis demander votre nom.. »

Tu as si faim. Déjà le second présent glisse à la suite du premier dans le long chemin de la digestion. Ne veut-il vraiment pas t'en fournir juste une de plus ? Tu y songes sérieusement, puis conclus que de toute manière, une de plus ne changera rien puisque tu en désireras toujours. Il y a une relation de similarité entre la nourriture et les trésors ; il n'y a pas non plus de découverte capable d'appaiser ton appétit immoral. Quoi qu'il y ait certainement moins de dattes dans l'actuel monde que de secrets à percer sur l'Ancienne Terre..

« Le mien est Cian. »


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Re: Quand le papillon s'approche de la lumière ▬ Meir & Cian fut rédigé Dim 15 Fév - 16:29

Il le fascine, ce petit oiseau. Cet homme tout de noir vêtu et son alter-ego qui brille comme un joyau. Attiré. Comme un insecte séduit par la lumière, les prunelles d’eau ne quittent plus la forme sombre qui bouge à ses côtés. Et surtout le papillon, qui vole un peu plus haut. Absorbé. Il se laisse emporter par les ténèbres et ignore sans le vouloir ses premières paroles. Ses yeux sont voilés et un peu trop loin. Ses souhaits, confus. Il aimerait bien que le papillon s’approche et se pose sur sa main. Mais il le craint en même temps. Les alter-egos sont bien trop personnels. Bien trop intimes. Il n’oserait jamais. Et pourtant… Pourtant, le désir fait trembler ses lèvres et son cœur.

Heureusement, ce n’est pas un fauve. Ce n’est pas un tigre. Alors le désir n’est pas trop fort. Il diminue, se roule en boule, et se cache de nouveau dans un petit coin de son cœur. Juste au moment où il attrape ces nouveaux mots.

« Je remercierai en premier lieu votre panier de dattes. »

Ses lèvres veulent bouger, corriger, s’excuser. Mais elles n’en font rien, et laissent plutôt l’homme continuer de s’exprimer. Bien trop réservé, Meir ne peut qu’écouter docilement, sagement. Attendre patiemment que l’autre ait terminé. Dans l’attente, il ferme un instant les yeux pour profiter de la caresse du soleil. De la lumière rassurante de Marsia. Puis, certain que d’autres mots ne viendront pas, il ose timidement prendre la parole à son tour.

« Ce n’est pas mon panier de dattes. »

Son regard glisse un peu sur le côté, embarrassé. Non par le sous-entendu, non par ce non-dit de son statut, mais par le geste. Il sait qu’il ne devrait pas. Donner ce qui ne lui appartient pas. Mais il ne pouvait pas l’ignorer. Cette personne qui avait besoin d’aide. Qui réclamait la sienne. C’est un besoin qui gronde dans le fondement même de son âme. Il sait qu’il ne doit pas, mais il ne peut pas l’ignorer. Il devra trouver comment compenser la perte, plus tard. Mais en attendant…

« Meir. »

Le nom donné par son Maître. Le sien, maintenant. L’autre est déjà oublié, enterré. Nom qui tombe comme la nouvelle poignée de dattes, après avoir ouvert doucement la paume de l’inconnu. Qui ne l’est d’ailleurs plus. Cian. Il se nomme Cian. Les yeux de Meir balaient de nouveau la place, comme pour s’assurer qu’aucune âme ne les regarde, puis referme les doigts sur les dattes, et avec un petit sourire timide ose.

« Je ne peux vraiment pas vous en donner plus, veuillez m’excuser. »

Il recule ses mains, doucement, comme pour présenter une énième excuse pour un énième geste déplacé. Il les repose sur ses propres genoux en équilibre, comme une promesse de ne pas recommencer. Puis il relève de nouveau la tête, fixe Cian et repense à ses fameux premiers mots. Meir est bien trop petit pour cet immense monde. Mais… Il se mordille un peu lèvres.

« …vous connaissez des histoires sur Marsia ? Et Okleb ? »

C’est une petite demande. Toute, toute, petite. Si timide. Tremblotante. Il baisse un peu la tête et se tord le bout des doigts. Il n’y a aucun besoin de contrepartie. Il ne souhaite absolument pas insinuer le contraire mais… c’est un petit désir personnel. Un peu égoïste. Qui ne sert probablement à rien et n’aidera personne mais… Il. Il aimerait bien en savoir plus. Vraiment.



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Re: Quand le papillon s'approche de la lumière ▬ Meir & Cian fut rédigé Jeu 19 Fév - 13:16

Si sucré, si exquis. Oh définitivement, tu cèdes, voilà qu'un troisième fruit vient périr sous les coups de tes dents qui le mastiquent sévèrement. Une rafale d'énergie qui transite dans ton oesophage avant d'aller affronter les supplices de l'estomac, comme si l'état de bouillie n'était pas amplement suffisante. Et Meir, tel qu'il se prénomme lui-même, Meir qui rime avec de nombreux mots doux à l'oreille mais aussi avec l'amer de l'instant où tu n'auras plus rien, c'est ça ; Meir reporte un peu plus la fin du paradis. Peu t'importe en réalité l'appartenance du panier, il suffit de savoir qu'elles mains t'en tendent son contenu, n'est-ce pas ? Tout comme il est stupide de se demander à qui appartenait un trésor de l'ancienne Terre, puisque le trésor est bien plus important en lui-même. Il témoigne de toute son époque, de toute la civilisation qui l'a construit, alors que représente-t-il, le propriétaire, à côté ? Et surtout, quel rapport avec les dattes au final ? Tu réceptionnes les fruits interdits dans la paume de ta main, en guise de trêve à ta réflexion.

« Je ne peux vraiment pas vous en donner plus, veuillez m’excuser.
- Vous m'arrangez déjà bien la mise. » réponds-tu platement, peu intéressé à vrai dire par les excuses. Comme il te semble l'avoir déjà pensé, ce n'est pas à celui qui offre de s'excuser parce qu'il ne peut augmenter la taille de son présent. D'autant plus quand l'offrande est faite à un inconnu. Enfin, soit, puisqu'il souhaite s'excuser, ne souhaites-tu pas toi-même être fou ?

Alors que tu penses que l'échange va s'arrêter là, après la présente poignée de fruits - que tu n'attaques à vrai dire point, conscient qu'il t'en faudra pour tenir les jours suivants -, voilà que le jeune blond se montre plus intéressant. Ou plutôt, plus intéressé.

Un sourire fin vient fendre ton visage. Finalement, tu ne remercies plus simplement Solorin, n'est-ce pas ? C'en est drôle. Hilarant. Et à vrai dire rassurant pour toi, qui pensais jusque là avoir affaire à une simple marionnette du dieu local, l'un de ces croyants pur beurre qui pourraient détecter toute la perversion dont tu souffres rien qu'en plantant leurs yeux dans les tiens. Des histoires, bien sûr que tu en connais, tu as passé ta vie à cela jusqu'à découvrir que tout ce que l'on raconte ne vaut absolument rien face à la vérité qui existe au-delà du jour zéro, à l'époque où ni Okleb ni Marsia n'existaient!

Mais, oh, Cian, calme donc ta joie, ravale ton sourire, tu es le seul à dépasser la frontière. Ce que ce gamin cherche, c'est justement ce qui te blase, et ce que pourtant tu ne puis refuser à cette âme charitable. Creuse-toi un peu la tête, cherche quelque chose à relever dans ce néant de désintérêt.

« Cela va de soit, réponds-tu finalement, et bien que les histoires au sujet du pays soient d'un profond désintérêt à mon avis… Connaissez-vous les vouivres, par exemple ? Outre les légendes affreusement erronées qui se racontent à leur sujet, l'évolution de leur population est intéressante. »

Les dragons. À vrai dire un point qui suscite fortement ta curiosité, puisqu'il ne te semble pas avoir vu une seule de ces créatures lors de tes "voyages" nocturnes, sauf à l'état réduit de peintures vivantes incrustées dans des tableaux. Avaient-ils trouvé la méthode pour éliminer ces monstres et ainsi étendre leur civilisation plus loin que toute autre ? Nulle doute à tes yeux d'illuminé qu'ils étaient maîtres de toute forme de faune, bien qu'il soit fortement probable - tu n'es pas fou au point d'en oublier la lucidité et la logique les plus élémentaires - que les dragons soient une invention de l'après.

« J'ai, il y a longtemps dans le désert, pu en ramasser une écaille d'un vert bien plus vif que ce que l'encre est capable d'imprimer sur les livres - dire que certains bijoux se vendent plus cher qu'une telle beauté -, ce qui m'a poussé à me renseigner à leur sujet. »

Parce que, dans la suite de tes suppositions, tu as assimilé ces dragons capables de soulever des éléphants à ces gigantesques appareils qui volaient autrefois dans le ciel, alors que les terres étaient au milieu des océans. Bien sûr, Cian, tu n'es pas du genre à en faire autant pour un simple objet qui brille, sauf si tu penses qu'il s'agit d'un clef pour comprendre le passé. Et si la technologie qui faisait voler les avions avait été empruntée à une vouivre vaincue ? Ou si au contraire la vouivre incarnait cette technologie ? Que tu étais niais, à l'époque, que tu en savais si peu.

Peu importe. Et ainsi, à la suite de tes paroles, s'il se montre intéressé, tu lui racontes à peu près tout ce qu'il souhaite savoir, ton désintérêt initial parfaitement noyé dans ton tempérament rêveur et curieux. Comme avant. C'est drôle.
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